Oser repenser la mission des Urgences Hospitalières au Québec

Cette réflexion s’impose pour répondre avec diligence et dignité à toutes les personnes qui se présentent dans les salles d’urgences des hôpitaux au Québec et pour qu’on ne soit plus obligé de tolérer les situations intolérables qu’on y fait vivre aux malades, blessés et désespérés qui n’ont pas d’autres place où aller.  

Il faut casser le dogme décrétant que seules les personnes qui se présentent dans nos Urgences Hospitalière en situation de menace imminente ou potentielle pour leur vie, les P1 et P2, selon la nomenclature de nos autorités, peuvent espérer y obtenir une réponse rapide et attentionnée. 

En reconnaissant que pour bon nombre de nos concitoyens, les salles d’urgence des hôpitaux sont leur seule façon d’accéder en temps opportun aux services dont ils ont besoin, on doit s’organiser pour faire face à cette réalité et en conséquence organiser les équipes de soins et de services pour les accueillir et leur offrir un service de qualité. 

Bien sûr ces personnes en situations d’urgence vitale doivent être évaluées et traitées par le personnel des équipes entrainées pour le faire. Mais il faut aussi que soient offerts aux autres catégories de malades, de blessés ou de personnes en détresse, des parcours de soins appropriés à leurs besoins. 

Bien sûr les cliniques médicales et les pharmacies peuvent s’occuper des malades et blessés dont la vie n’est pas en danger, mais en réalité, et pour bien des raisons, il n’est souvent pas possible d’y avoir accès en temps opportun et d’y obtenir les services requis. 

Avec ses hôpitaux, le Québec, dispose sur l’ensemble de son territoire, des plateformes d’investigations, des locaux et du personnel compétant pour répondre aux besoins immédiats de services de santé de nos concitoyens lorsqu’ils ne peuvent pas les trouver gratuitement ailleurs. 

Il faut changer notre paradigme d’organisation des services d’urgences des hôpitaux et mettre en place des trajectoires de soins pour les différentes catégories de personnes qui s’y présentent. Certains hôpitaux et certaines équipes de soins le font déjà; de qui est actuellement de l’ordre de l’exception ou de la tolérance devrait devenir la norme.  

Trois autres trajectoires de soins devraient être organisées pour diriger : 

1. Les blessés mineurs et les malades aux prises avec des problèmes de santé courants, vers une équipe d’urgence mineure composée d’infirmières et de médecins généralistes à laquelle des médecins de GMF pourraient donner un coup de main en y rencontrant leurs obligations de services en dehors des heures courantes

2. Les patients âgés ou en perte d’autonomie, vers un endroit plus calme et plus confortable que la salle d’attente de l’Urgence où une équipe de personnes formées pour l’accueil de ces patients pourraient répondre à leurs besoins en mobilisant si nécessaire les ressources médicales des urgences mineures.

3. Les personnes avec problème de santé mentale incluant dépendance et itinérance vers un secteur distinct de la salle d’attente des urgences où du personnel bien formé en santé mentale et bien arrimée avec les organismes communautaires en santé mentale les prendrait en charge.

4. Les pénuries de locaux, de personnels et de budgets ne devraient plus servir d’excuses pour continuer à tolérer l’intolérable.

Marc Dionne