Mes commentaires sur la Politique de Soins et Services de Première Ligne

Je suis venu bien près en 1972 d’être un des premiers médecins à se joindre à un CLSC, celui de St Marc des Carrières. Malheureusement ou heureusement, alors que je m’y étais déjà installé, j’ai dû me retirer en raison d’un trop grand écart entre ce qu’on m’avait promis et ce qu’on m’offrait en réalité. 

C’est donc comme omnipraticien, pendant quelques années, et comme chef de département de santé communautaire dans la Beauce que j’ai pu observer de très près le développement du réseau de 145 CLSCs dans l’ensemble du Québec jusqu’à leur intégration dans les CSSSS en 2004. 

C’est avec grand intérêt que j’ai pris connaissance de la « première » politique sur les soins et services de première ligne que M Legault et Mme Bélanger ont annoncée la semaine dernière. 

J’ai bien peur cependant que cette politique ne rencontre par ses promesses. Car il est irréaliste de vouloir confier aux CLSC dans leur situation actuelle la responsabilité d’être la porte d’entrée de notre système de santé et d’y rattacher chaque citoyen du Québec. 

Comme je l’ai argumenté dans mon texte précédent, il faut plutôt répartir cette responsabilité entre les équipes de soins déjà en place : les GMFs où déjà 80% de la population a son médecin de famille et son dossier santé, les équipes de CLSC, entre autres celles de maintien à domicile, de famille enfance et de soutien social, ainsi que certaines équipes de soins spécialisés qui, grâce à leurs infirmière pivot, maintiennent un contact personnalisé avec leurs patients. 

Les GMF viennent d’obtenir à peu près tout ce qu’ils voulaient du gouvernement. Qu’on leur demande maintenant de répondre directement aux demandes de leurs patients, ceux qui y ont déjà un médecin de famille, et ceux qui y sont inscris sans les obliger à passer par le filtre des GAP. 

Les CLSC devraient pour leur part assumer ce rôle de porte d’entrée et de continuité de soins pour les personnes en situation de vulnérabilité dont les soins médicaux ne sont pas la composante première de leurs attentes vis-à-vis le réseau de la santé. Bien sûr la contribution des médecins aux soins de ces patients est importante et on devra mettre en place des mesures pour associer des médecins aux équipes des CLSC ou obtenir des GMFs sur leur territoire qu’ils la prestation des services médicaux lorsque requis avec, entre autres , la collaboration des pharmaciens.   

Pour être conséquent avec la vision originelle des CLSC, il faudra aussi remettre en place les équipes territoriales de soutien aux actions communautaires pour contribuer, en collaboration avec les équipes de santé publique et celles du monde municipal, à rendre les milieux de vie propices à la santé et à l’épanouissement de tous les citoyens. 

Marc Dionne, 29 Mars 2026